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Les relations de long terme dans les contrats de prêts bancaires

Avec la collaboration de Simon Gueguen, enseignant-chercheur à CY Cergy Paris Université et Vernimmen

L’importance de la relation prêteur-emprunteur dans la formation des contrats de prêt est connue depuis longtemps. Toutefois, en matière de prêt bancaire, une évaluation empirique rigoureuse des effets de cette relation est difficile. L’objectif est de comparer les « prêts de transaction », dont la négociation dépend de la situation précise de l’emprunteur au moment de l’octroi (transaction par transaction), et les « prêts de relation », dont la négociation dépend de la relation entre la banque et l’emprunteur (sur le long terme). La difficulté vient du fait que la construction d’une relation de long terme n’est pas indépendante des caractéristiques de l’emprunteur. L’article que nous présentons ce mois la surmonte en exploitant une base de données originale. L’auteur utilise une étude de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) réalisée en 2011 auprès des banques des pays d’Europe centrale et orientale. Il a été demandé à ces établissements d’indiquer l’importance de différents critères lors de leurs décisions d’octroi de prêt aux entreprises. En particulier, les banques devaient préciser l’importance qu’elles accordaient à la relation avec le client d’une part, et aux informations financières d’autre part. L’article effectue son analyse sur les quinze banques arméniennes de l’étude (en raison de la possibilité de croiser les données avec un registre de crédit détaillé pour ce pays). Pour toutes ces banques, la relation avec le client est jugée très importante pour les prêts aux grandes entreprises. La différence se fait sur les prêts aux PME : six banques sont plus « transactionnelles », les neuf autres plus « relationnelles ». Il est donc possible de comparer des prêts accordés à une même entreprise selon les deux pratiques. De plus, chaque banque avait la possibilité de définir elle-même le seuil séparant les PME des grandes entreprises. Ceci crée des effets de seuil exploitables dans l’analyse économétrique. Sur l’échantillon étudié, les banques relationnelles se montrent beaucoup plus tolérantes que les banques transactionnelles aux problèmes de court terme. La probabilité de retard de paiement est 50% plus élevée pour les prêts de relation que pour les prêts de transaction (pour une même entreprise). Les retards de paiement semblent mieux acceptés lorsque la banque privilégie la relation de long terme. En revanche, le taux de défaut à maturité n’est pas différent entre les deux pratiques. Surtout, l’auteur constate que la rentabilité du prêt pour la banque, en tenant compte à la fois des intérêts et du taux de défaut, est supérieure dans le cas des prêts relationnels. Autrement dit, le prêt relationnel consiste à accepter de financer l’entreprise en crise de liquidité, pour dégager ensuite une rente de long terme liée à la connaissance du client. Même s’ils portent sur un échantillon réduit, ces résultats permettent de nourrir le débat théorique sur l’importance de la relation prêteur-emprunteur. Le prêt de relation prend tout son sens en situation d’asymétrie d’information. En rentrant dans une relation de long terme avec ses clients, la banque acquiert une connaissance fine de leur situation, et peut ainsi prendre de meilleures décisions et assurer un meilleur suivi de ses prêts. L’article soutient en particulier la proposition théorique émise par l’économiste allemand von Thadden, selon laquelle cet avantage informationnel peut se traduire à la fois par de mauvais résultats à court terme et par une meilleure performance à long terme. En conséquence, le prêt de relation joue le rôle d’une assurance de liquidité fournie par la banque. Une assurance payante, puisque la banque se rémunère au final davantage sur ces prêts.

 
 
 

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